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"The Silent Wave" en français

Parce que je ne peux pas

Isabelle Faguy Lundi mai 22, 2017

Pour consulter l'article en version originale sur le blogue "The Silent Wave", cliquez ici.

Mise en contexte : il s'agit d'une discussion entre l'auteure et son conjoint (aussi collègue de travail).  Le conjoint tente de convaincre l'auteure d'accepter une rencontre imprévue à l'horaire avec un patient, plus tard dans la journée. 

“Pourquoi ne peux-tu pas rencontrer une personne plus tard aujourd'hui?”

Parce que je ne peux pas.

Pourquoi pas?”

(Moi): …

(Je réarrange péniblement mon horaire dans ma tête, j'organise de nouveaux plans - tentant de les rendre au moins acceptables, mais échouant répétitivement, à la vitesse de l'éclair, et j'ai l'impression d'endommager la transmission en faisant un usage douteux du levier de vitesses)

Parce je devrais changer mes plans si bien planifiés pour le reste de la journée.  Je devrais récupérer l'information sur cette personne et mettre en mémoire une tonne de détails.  Je devrais changer de vitesse. 

(Mon dieu, est-ce que je m'entends??  J'ai l'air de la pire plaignarde.  C'est la vérité, mais ça sonne tellement insignifiant.  Je suis une vraie poule mouillée.  Pourquoi je n'arrive pas à faire ces choses?  Qu'est-ce qui ne va pas avec moi?)

“Et bien, les gens s'attendent à ce que tu sois disponible.”

Et bien, des fois je ne peux pas l'être.

“Mais tu es au bureau de toute façon…”

Je sais.  Et alors?  Ça ne veut pas nécessairement dire que je suis disponible.  Je ne peux pas rencontrer quelqu'un comme ça, à la dernière minute.

“Qu'est-ce que tu veux dire?  Tu ne peux rencontrer quelqu'un?”

(Je suis tannée de cette conversation, alors j'abdique.)

OK.  Je vais y penser.

(Je réfléchis, bougonnant dans ma tête, pleine de ressentiment envers toutes les personnes impliquées.)

(Après quelques minutes…)

OK, pourquoi veulent-ils me voir?

(J'essaie réellement de les inclure dans mon horaire, dans ma tête.  Mais ça ne fonctionne pas.)

“Ils doivent te poser une question à propos de x.”

(Je sais déJà que même si ça semble une question toute simple, ce n'en est pas une.  Il faudra donne des explications, et nous en arriverons aux Redoutés jumaux : la Résistance et les  Objections...)

D'accord, dans combien de temps peuvent-ils être ici?

“Dans une heure.”

(Merde.  En plein milieu du temps que j'avais prévu consacrer à un gros projet.  C'est trop tard dans la journée; s'ils ne peuvent venir immédiatement, alors ça ne doit pas être très important pour eux, et ce sont eux qui demandent cette rencontre! Pourquoi c'est moi qui devrait réarranger tout mon horaire?)

Berk!  Dis-leur que je suis occupée cet après-midi; j'ai besoin de temps pour regarder les détails et penser à comment leur présenter les informations. 

“Alors il n'y a aucune possibilité que tu puisses les rencontrer aujoud'hui?”

(Je met mon pied à terre, tentant de ne pas serrer les dents…)

Non.  Leurs situation est complexe.  Il n'y a aucune possibilité que je puisse leur donner des conseils bien préparés.  (Pourquoi dois-je me justifier, de toute façon?  Je suis propriétaire de ce cabinet; je ne dois d'explications à personne. Je suis en haut de la pyramide; ce que je dis doit être, et ce qui est est.)

“Tu devrais apprendre à faire x.”

(Et ça continue, encore et encore, chaque fois.  Alors que ce que j'ai vraiment envie de dire…)

J'ai 39 ans.  Si je dis que je ne peux pas faire quelque chose, c'est parce que je ne peux pas. Je n'abandonne pas facilement, alors quand j'admet que je ne peux pas le faire, ça veut dire que j'ai essayé de plein de façons, plusieurs fois, et raté, probablement douloureusement et/ou avec bien du stress.  Toi, le roi ou la reine du jugement, n'était pas là pour voir ça.  Tu n'as pas eu le plaisir d'être témoin du meltdown/shutdown qui s'est produit ensuite, ou de la période de rétablissement (de plusieurs jours) qui a suivi cela.  Tu es bien chanceux.

Je ne suis pas aussi chanceuse.

Alors quand je prends le risque de perdre ton respect et d'avoir l'air ridicule en refusant de faire quelque chose qui te semble simple, c'est parce que la douleur, le stress et la frustration de tenter encore une autre fois de faire cette chose surpassent l'impuissance, la sensation de ridicule, la honte, la faiblesse et la culpabilité que vis en t'avouant que je ne peux pas.

Alors, accepte le comme un fait.  Parfois, je ne peux faire quelque chose, et parfois, je ne peux même pas expliquer pourquoi.

Passe à autre chose, ce sera plus difficile pour moi de m'en remettre de toute façon.