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Blogue d'Isabelle

Autisme et déni

Isabelle Faguy Vendredi août 28, 2020

Dans mon livre, je fais la citation suivante (p.339) :

Un lecteur autiste m’a demandé d’ajouter cette phrase, très pertinente :
« Une des plus grandes différences, entre neurotypique et autiste, c’est que l’autiste a le désir de connaître la vérité, peu importe ce que cette vérité implique ou entraîne. Alors que le neurotypique préfère un mensonge ou une omission qui lui permette de rester dans l’ignorance ou le déni. »


J'ai aussi écrit (p. 379) :

L’incompréhension du déni est véritablement une constante dans le discours des adultes autistes. C’est que le déni implique de mettre de côté les faits et la logique, ce qui est difficile à imaginer (et quasi impossible à effectuer) pour un autiste. Si vous croyez qu’un client autiste est dans le déni à propos de quelque chose, c’est fort peu probable. Il est improbable qu’il ait vu et compris des faits et en rejette la réalité. Il est bien plus probable qu’il n’arrive pas à voir, percevoir ou comprendre ces faits.


Un lecteur neurotypique m'a écrit pour me raconter qu'un de ses proches, autiste, est dans le déni d'avoir fait des crises à l'hôpital. L'autiste en question paniquait dès qu'il entrait à l'hôpital, se retrouvait en effondrement autistique (meltdown). Son proche et son psychiatre voulaient trouver une solution, pour ne plus vivre ces crises à chaque visite. Mais chaque fois qu'ils tentaient de discuter avec l'autiste du sujet, l'autiste disait : "je ne fais pas de crises à l'hôpital". Les neurotypiques étaient donc convaincus que l'autiste était dans le déni par rapport à ses crises. J'étais convaincue qu'il ne l'était pas.

L'histoire s'est réglée par l'intervention d'un copain du jeune homme, aussi autiste, qui l'a accompagné à l'une de ses visites chez le psychiatre. Le psychiatre a abordé de nouveau les crises et l'autiste a encore affirmé ne pas avoir fait de crise. Le copain a demandé : "Mais qu'avez-vous suggéré jusqu'à maintenant comme solution pour des crises?" Le psychiatre n'avait rien à répondre (les lecteurs autistes penseront "sans surprise..."). Le copain a expliqué au psychiatre : "Comment voulez-vous qu'il ait envie de discuter d'un sujet qui lui cause de la honte et de la détresse, en sachant très bien que vous n'avez rien à proposer comme solution et que donc, cette conversation ne pourra que lui causer plus de détresse?" Le copain a dit à l'autiste : "OK, moi je n'en ai rien à faire que tu aies fait des crises ou pas et je suis capable de vivre avec le concept que tu n'en as pas fait. Est-ce que tu peux me donner un exemple de quelque chose qui te stresses?"

L'autiste se met à lui expliquer combien il était stressé lors de son examen de mathématiques parce qu'une question lui semblait impossible à répondre, parce qu'elle impliquait du temps mais donnait une réponse négative et qu'il avait dû sortir de la salle d'examen, parce qu'il se sentait super nerveux et très mal. Le psychiatre regarde le copain avec un visage indiquant ostensiblement "encore ses histoires de mathématiques, pas moyen de parler de choses importantes". Le copain fait signe au psychiatre de la fermer et poursuit : "Super bon exemple. Maintenant, serais-tu capable de nous faire une liste des autres choses qui te font sentir exactement comme tu t'es senti pendant l'examen de mathématiques?"

Lors de la visite suivante au psychiatre, l'autiste a apporté toute une liste de situations, de personnes, de lieux, de stimuli sensoriels, qui lui font ressentir la même chose. Et le psychiatre a pu comprendre que c'étaient les lumières et le bruit de la salle d'attente, combinées au trajet en automobile pour se rendre à l'hôpital, qui causaient les crises. L'autiste porte depuis un casque anti-bruit et des lunettes soleil pour aller à ses rendez-vous et il n'y a plus de crises.

Donc, l'autiste savait très bien qu'il avait fait des crises, mais ne savait pas comment dire qu'il ne voulait pas en parler encore parce que cela le perturbait trop d'en parler encore en sachant que le psychiatre n'avait rien à suggérer comme solution (vu que ça faisait plusieurs fois qu'ils en discutaient et qu'il ne suggérait rien). La seule façon qu'il trouvait de dire qu'il ne voulait plus en parler parce que ça le perturbait, c'était en répondant qu'il n'avait pas fait de crise, parce pour lui, il n'y avait pas lieu d'avoir la conversation s'il n'y avait pas eu de crise. Sauf que les neurotypiques se sont dit qu'il était dans le déni, parce que c'est un mécanisme de défense très commun pour eux. Il s'agissait en fait d'une difficulté de l'autiste à exprimer son besoin de ne plus se faire remémorer ces pénibles événements sans solution. Et il s'agissait d'un autiste dont le psychiatre et les proches étaient très au courant de ses difficultés à exprimer ses besoins verbalement. Mais, ils ont analysé la situation (qui concernait un autiste) selon un schème de pensée neurotypique, en utilisant une théorie de l'esprit neurotypique. Le copain autiste lui, a analysé la situation en utilisant une théorie de l'esprit autiste et a tout de suite compris le problème.

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