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Lettre à ...

Pourquoi votre client autiste ne vous a pas salué sur la rue

zephirin Lundi décembre 25, 2017

Cette lettre à a été rédigée pour une stagiaire qui travaille avec une intervenante d'une personne autiste.  

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Note de l'auteur : Cette stagiaire réside dans mon quartier, alors je la croise souvent autour de chez moi.  Mais il est arrivé quelques fois que je ne la salue pas et elle se demandait pourquoi il en avait été ainsi.  Plutôt que d'essayer de bredouiller une réponse toute croche verbalement, j'ai pris le temps de lui écrire.  Il peut y avoir d'autres raisons qui feront que je ne saluerai pas un intervenant rencontré sur la rue: je peux être trop fatiguée pour interagir avec qui que ce soit (au bord du meltdown), je peux avoir été trop stressée par notre dernière rencontre et la seule vue de l'intervenant me remettra en état de stress intense, etc. 

 

Bonjour,

J’ai pensé que ça t’intéresserait, alors voilà. Un petit peu d’information sur l’autisme, vu de l’intérieur.

Vendredi soir, j'étais assise dehors et je jasais au téléphone avec un ami de mon coin de pays.

Premier point : j’étais concentrée sur la conversation (compréhension du langage verbal – tâche compliquée pour moi) et ça m’est très difficile de me concentrer sur deux choses à la fois.

Ensuite, j’ai remarqué qu’une personne faisait des bye-bye. Comme la personne semblait insister, j’ai analysé et j’ai constaté que personne d’autre ne traînait autour, c’était moi qui était visée.

Deuxième point : les interruptions! C’est très difficile pour moi d’interrompre une tâche en cours (ici : ma concentration sur la compréhension du langage verbal de mon ami), surtout pour la remplacer par une tâche d’une nature différente (réagir à du langage non verbal, puis identifier la personne qui me salue).

Ensuite, j’avais besoin de déterminer qui me saluait.

Troisième point : je ne t’avais jamais vu habillée de la sorte (manteau et chapeau), alors je ne te reconnaissais pas, j’avais beau scanner ma mémoire. Il m’a fallu penser à me concentrer sur les traits du visage (bien non, ça ne vient pas tout seul...), pour finalement arriver à te reconnaître. Mais il était trop tard, avec toutes ces étapes-à-la-noix, tu t’étais retournée.

N’importe qui aurait juste salué. Mais non, moi il fallait que je suive la procédure, la séquence! Damnée séquence!