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La vie d'autiste

Les encyclopédies et les livres de contes

Isabelle Faguy Lundi septembre 3, 2018

Quand j'étais enfant, dans les années 1980, la bibliothèque de mon petit village offrait aux enfants une belle variété de livres : bandes dessinées, livres de contes classiques et contemporains, encyclopédies pour enfants, romans jeunesse. 

Au début du primaire, les livres qui m'intéressaient le plus étaient les encyclopédies, les dictionnaires illustrés et les livres du type "comment ça marche" ou "comment c'est fait".   Les livres de contes me rebutaient car leurs illustrations m'étaient difficiles à comprendre et je choisississais alors mes livres en fonction des images.  Je lisais le texte, j'étais même une lectrice en avance pour son âge et capable de consommer de grandes quantités de pages par année.  Mais ce sont les images qui me fascinaient. 

Les images des livres de contes étaient trop loin de la réalité, trop épurées, ou au contraire trop chargées et fantaisistes.  Un chat portant des bottes et un chapeau, et qui se tient debout sur ses pattes de derrière en plus, c'était si étrange que ça me "boguait".  C'était trop loin de la réalité, trop utopiste, ça ne m'interpellais pas. 

Par contre, les croquis et photos des "livres sérieux" me permettaient de mieux comprendre mon petit univers de villageoise et "le grand monde", qui m'était alors passablement inaccessible.  N'oublions pas qu'Internet n'existait pas et que les villages québécois de l'époque étaient pas mal en retard côté technologique et technique par rapport aux villes.  J'aimais apprendre comment les choses sont fabriquées, comment elles fonctionnent, pourquoi elles sont ainsi faites, etc.  J'aimais apprendre tout court, alors ces livres étaient pour moi autant de professeurs privés, pour moi toute seule!  J'aimais l'intimité que l'on a avec un livre.  J'étais fascinée par les odeurs et les textures des divers types de papiers, d'encres et de colles de reliure.  Avant même de lire un livre, alors que je le feuilletais dans les rayons de la bibliothèque pour le choisir, j'analysais la méthode de reliure, certains types de reliure donnent des livres bien plus faciles à lire.  Certaines reliures utilisent une colle qui laisse une goutte semi-dure à un bout de la reliure.  D'autres colles s'émiettent lentement, laissant un filet de poussière sur le rayon de la bibliothèque - et sur vos doigts si vous manipulez le livre. 

Je pourrais continuer longtemps ma description de mes expériences sensorielles et cognitives avec les livres.  Mais je pense que vous avez l'idée générale : mon expérience des livres, même lorsque j'étais toute petite (5-6 ans) est très différente de l'expérience de l'enfant neurotypique moyen, qui lui s'intéresse à l'histoire du chat botté, et non pas à la méthode de reliure de son exemplaire.