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La vie d'autiste

Rendre le handicap visible

Isabelle Faguy Lundi septembre 17, 2018

L'autisme est un handicap invisible.  Parfois, ça pose problème car les autres n'arrivent pas à se rendre compte que vous éprouvez des difficultés. 

Par exemple, traverser une intersection à pied peut être très compliqué pour moi.  Surtout si l'intersection est située dans un lieu bruyant, achalandé (piétons, automobiles, vélos) ou bien qu'il y a beaucoup d'éléments qui bougent ou clignotent dans le décor.  Mes sens seront débordés et si je suis fatiguée/stressée je serai incapable de déterminer quand peux traverser de manière sécuritaire.  Quand je conduis mon auto, c'est plus simple, il suffit de suivre les règles de la circulation automobile, en s'assurant de ne pas écraser de cyclistes ou de piétons.  Mais quand je suis le piéton ou le cycliste, je n'ai aucune assurance que les conducteurs d'automobiles respecteront mon droit de passage.  Je reste donc plantée là, me demandant si je peux passer et bien sûr, les conducteurs s'impatientent et passent.  Me voilà coincée là... 

Depuis presque un an, j'ai pris l'habitude de mâcher mon collier à pendentif de silicone (un gros anneau de silicone très évident, de couleur vive) quand je marche ou fais du vélo.  Cela a deux principaux avantages :

  • ça m'aide à supporter les stimulations sensorielles un peu trop intenses
  • ça met en évidence aux conducteurs d'automobiles que "je suis anormale"

Lorsque je mâche mon collier, c'est presque magique!  Les conducteurs me font tous signe de la main que je peux traverser et attendent patiemment que j'aie terminé de traverser.  Il semble que personne ne veut écraser un handicapé. 

Je mâchouille aussi mon collier à l'épicerie et dans les autres endroits susceptibles de me causer une surcharge sensorielle.  J'ai remarqué que ça a un impact positif dans les magasins.  Les gens font très attention de ne pas m'accrocher.  Ils évitent de me parler.  Toutes choses qui me causeraient du stress supplémentaire dont je n'ai pas besoin dans les magasins. 

Au début, quand je me promenais ainsi avec mon collier dans la ville, les gens avaient peur.  Ils changeaient de trottoir.  Ils disaient à leurs enfants de ne pas m'approcher ou me regarder.  Mais ça s'est arrangé avec le temps, "les locaux" ont fini par réaliser que je ne représente pas un danger pour eux ou leurs enfants.  Alors ça aura valu la peine de persévérer à l'utiliser en public.