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Lettre à ...

La victoire sur la peur de l'hôpital

zephirin Mardi octobre 9, 2018

Une lettre pour le travailleur de milieu qui m'a permis d'enfin retrouver ma capacité d'aller à l'hôpital par moi-même.  Un peu d'autonomie retrouvée...  grâce à ce qui aurait pu sembler devoir mener à une dépendance à ton accompagnement. 

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Il y a une chanson d'Alanis Morissette que j'aime bien "Right through you".  Vers la fin, ça dit :

"Now that I'm Miss Thing  (maintenant que je suis connue) Now that I'm a zillionaire  (maintenant que je suis ultra riche) You scan the credits for your name   (tu cherches ton nom dans le générique) And wonder why it's not there   (et tu te demandes pourquoi il ne s'y trouve pas)"

 

Quel rapport avec ma victoire d'aujourd'hui?  Le rapport c'est que dans le film de ma victoire du jour, il y a une personne qui pourra trouver son nom dans le générique.  Je ne vais pas te nommer, tu vas te reconnaître monsieur le berger.  Et oui, tu peux le prendre le crédit pour cette victoire    ;-)

Sans tes encouragements, ta persévérance (devrais-je dire ton obstination?), probablement que la rigidité autistique aurait conservé le dessus sur mon besoin de soins.  Selon toute vraisemblance, si tu ne m'avais pas fermement mais calmement motivée à aller consulter, patiemment rassurée, accompagnée à de nombreux rendez-vous, je n'aurais pas vécu cette victoire aujourd'hui.  Tu sais, quand on dit que l'éducateur spécialisé "accompagne dans le quotidien", "fait avec", "partage le vécu", on était pas mal dedans je dirais.  Ce ne sont pas les belles paroles, le langage technique approprié, qui font l'éducateur spécialisé...  c'est "l'être", comme dans "savoir-être". 

J'aurais aimé que tu puisses le voir ce petit moment de gloire.  J'aurais aimé que tu puisses savourer enfin le résultat de ta persévérance et de ta foi.  Il fallait une sacré dose de foi pour croire que j'y arriverais.  Mais c'est arrivé.  Si tu avais pu m'observer aujourd'hui, tu m'aurais vu marcher tranquillement jusqu'à l'hôpital, seule.  Puis en revenir, un peu moins calmement, mais quand même sans anicroche.  Tu m'aurais vu m'annoncer à la réceptionniste.  Tu m'aurais vu m'asseoir dans la salle d'attente, oui, m'asseoir et rester assise plus d'une demi-heure.  Et lire en attendant mon tour.  Oui, j'étais suffisamment calme pour arriver à lire et comprendre ce que je lisais.  Tu aurais remarqué qu'à part mâchouiller mon collier de silicone, je n'avais aucun mouvement répétitif.  Tu m'aurais vu observer longuement un bébé qui attendait avec sa mère.  Tu m'aurais vu reconnaître ma psychiatre quand elle est venue me chercher.  Tu m'aurais vu réussir à lui parler de tout ce dont je voulais lui parler, trouver les mots justes, garder ma concentration, garder mon calme.  J'ai même pu poursuivre ma journée ensuite, faire du travail utile, après une période de relaxation bien sûr.  Tout ça, toute seule. 

Si j'y suis arrivée, c'est parce que tu as réussi à me faire vivre des expériences positives, et donc rassurantes, de visites à l'hôpital.  Ce qui a fini par me donner foi moi aussi que ça puisse bien se passer, ce qui m'a permis de mettre de côté ma rigidité autistique qui me disait que "ça va mal se passer".  Pour que le lecteur puisse bien comprendre, j'ai vécu plusieurs moments traumatisants en lien avec l'hôpital au cours de ma vie, ce qui fait que je n'arrivais plus à aller consulter à la psychiatrie ou à l'urgence, même si j'en avais besoin.  Juste l'idée de me rendre à l'hôpital était incroyablement anxiogène.  Chaque fois que j'y allais, par obligation quelconque par une personne en autorité ou par obligation de faire remplir un formulaire quelconque, c'était la crise d'anxiété ou carrément le meltdown autistique.  Mais pas aujourd'hui.  Aujourd'hui, j'ai affronté l'hôpital calmement et j'ai pu recevoir les soins dont j'avais besoin, seule, sans crise et, peut-être ce qui est la plus grande victoire pour moi, sans devoir "me geler" de médication.  Oui, je sais tu vas avoir peine à le croire cher intervenant, je n'avais pris qu'une dose minimale de médication aujourd'hui, j'avais toute ma lucidité.  Lucide, relativement calme, et seule. 

Oui, j'avais besoin de quelqu'un qui me pousse un peu, qui me dise que ça va aller, et que sinon il va être là, et qu'il soit effectivement là si ça ne va pas.  Tu as fait exactement ça et ça a fonctionné.  Être là.  Bien plus que n'importe quelle "parole d'intervenant" que tu as pu dire, c'est ta présence qui m'a permis d'affronter ma peur.  C'est ton sourire aux moments où j'allais paniquer, les histoires que tu m'as racontées pour faire diversion à l'anxiété, et peut-être le plus important, la proximité (dans le sens de proximité physique) d'une personne en qui j'avais confiance.