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La vie d'autiste

Quand le travail vous tue à petit feu

Isabelle Faguy Jeudi janvier 3, 2019

J'ai un emploi depuis plusieurs mois.  J'adore le type de travail.  J'apprécie mes collègues.  Les horaires flexibles conviennent bien pour une conciliation travail-études.  Tout était pour le mieux...  jusqu'à récemment. 

Un de mes collègues est mûr pour un arrêt malade.  Il a tous les signes du burn-out.  L'atmosphère de travail s'en trouve passablement dégradée.  Il se fâche pour de simples questions (parce que ça l'interromp dans sa tâche en cours).  Il lance des objets partout (son cellulaire, de boîtes, mais aussi le marteau).  Il n'est pas concentré sur ce qu'il fait parce que son cerveau est trop occupé à ruminer.  La semaine passée, il est entré dans l'entrepôt en toute hâte en tenant un gros tournevis commen on tiendrait une arme de poing, plutôt que par en bas comme il est de mise quand on marche dans un milieu de travail, spécialement quand on franchit une porte.  Résultat : il a bien failli m'empaler avec son tournevis car j'étais de l'autre côté de la porte et m'apprêtait aussi à la franchir.  Il change constamment d'idées, de procédures, etc.  Pour une autiste, c'est déroutant tous ces changements (sans motifs). 

Bref, tous ses comportements me génèrent de la fatigue sensorielle supplémentaire (cris, objets), du stress émotionnel supplémentaire (quand il s'emporte après moi ou d'autres personnes) et de la fatigue supplémentaire parce que je dois faire encore plus attention à mes interactions (paroles et comportements) non seulement avec lui mais aussi avec les autres collègues, parce que tout le monde est affecté par son état.  D'ailleurs, son état se dégrade de plus en plus. 

Depuis une semaine, je fais presque chaque soir un meltdown, et les autres journées je me suis réveillée en panique la nuit...  Je n'ai presque pas dormi parce que je n'arrive ni à m'endormir ni à rester endormie.  Hier soir, j'ai décidé de prendre de la médication plus forte, pour dormir.  Je devais travailler à 9h30.  Je me suis réveillée à 11h30.  Et dès que j'ai été sortie de la confusion de la médication, j'ai recommencé à être incroyablement anxieuse.  Il est 14h30 et je n'arrive toujours pas à me convaincre de téléphoner au travail pour leur expliquer mon absence.  Pour dire vrai, j'aurais plus envie de téléphoner pour donner ma démission.  Je n'en peux plus d'être aussi mal. 

Un autiste a dit que les autistes sont dans les milieux de travail comme les canaris dans la mine.  C'est-à-dire que l'autiste est plus sensible (à pas mal tout) et donc qu'il sera affecté plus rapidement que les autres personnes par "peu importe c'est quoi le problème".  Je trouve que c'est vrai.  En tout cas, mon expérience de vie me le confirme. 

Je sais, qu'encore une fois, personne de mon entourage (neurotypique) ne va comprendre pourquoi je démissionne d'un emploi que j'adore "juste parce qu'un collègue crie et lance des objets".  Demandez à un autre autiste de vous expliquer, je suis trop mal pour arriver à parler aujourd'hui.  J'arrive seulement à écrire.  Ce qui est une autre raison pourquoi je ne vais pas téléphoner pour motiver mon absence.  Demain est une autre journée...