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"The Silent Wave" en français

Ce que votre ami Asperger/autiste aimerait probablement que vous sachiez

Isabelle Faguy Mercredi juin 7, 2017

Vous pouvez lire la version originale de cet article ici : https://thesilentwaveblog.wordpress.com/2016/11/01/what-your-aspergers-actuallyautistic-friend-probably-wants-you-to-know/

 

Chers amis neurotypiques qui ont un ami Asperger ou autiste...  

Je suis une Aspie.  Cela veut dire que je suis sur le spectre de l'Asperger/autisme. Être mon ami (ou l'ami d'une autre personne sur le spectre) peut être intéressant par moments.  Nous avons nos "bizarreries", habitudes, rituels, comportements, ou autres nuances que vous pouvez trouver déroutantes, intéressantes, amusantes, dérangeantes, ou surprenantes.  Il se peut que vous vous demandiez pourquoi j'ai/nous avons dit quelque chose en particulier. 

Je vais ici vous dire comment devenir ami avec une personne Asperger/autiste (en tout cas, ma version de la chose).  Tout ce que je vais dire ici ne s'appliquera pas à chaque personne Asperger/autiste; nous sommes tous différents après tout, et nous devons être considérés comme tel. 

(Je réalise que je passe du "je/moi" au "nous"; c'est intentionnel. Je peux parler juste pour moi, par contre, j'ai interragi avec beaucoup de personnes sur le spectre, soit passivement en lisant leurs textes, soit activement en discutant avec eux.  J'ai appris beaucoup, mais je ne sais sûrement pas tout, et même si la personne que je connais le mieux est moi-même, je réalise que je ne sais même pas tout à propos de moi-même.)

Vous pouvez vous fier à ce que nous disons.  Nous sommes du type très honnête en général.  Nous ne sommes pas du tout du genre à faire de la manipulation psychologique avec nos amis ou notre famille. 

Nous sommes sensibles à notre environnement.  Nous ne sommes pas généralement des "amateurs de partys" qui ont besoin "d'être vus" à certains endroits "in" ou  de se "sentir à la mode".  Nous avons tendance à préférer plutôt les endroits tranquilles.  Par exemple, les restaurants avec des planchers en tuile céramique, de la musique forte, ou un fort éclairage sont des endroits que nous n'aimons pas.  Les petits cafés à l'ambiance feutrée, s'ils ne sont pas bondés, sont plus attrayants pour nous. 

Nous avons un riche monde "interne", qu'il nous est souvent difficile de définir/expliquer, malgré tout, typiquement nous ne sommes pas égocentriques, et nous ne faisons pas exprès de "rester secrets"/cacher qui nous sommes.  En fait, nous sommes en général moins égocentriques et plus "transparents" que les personnes non autistes. 

Nouis aimons parler et partager nos intérêts avec vous (note de la traductrice : par intérêts, l'auteure veut ici dire les sujets d'intérêt principaux de la personne autiste).  Cela ne veut pas dire que nous sommes narcissiques.  Nous ne cherchons pas à monopoliser la conversation.  Mais nous nous rendons compte que cela se produit plus souvent que nous le souhaterions, et quand nous nous en apercevons, nous sommes embarassés de l'avoir fait.  C'est que nous aimons partager, aider et offrir des conseils ou du soutien.  Souvent, quand nous discutons de nos intérêts avec vous, c'est parce que nous essayons de "nous rapprocher" de vous ou de partager avec vous les nombreuses choses qui nous tourndans la tête, ou ce qui se passe dans nos vies. 

Nous nous préoccupons de ce que vous dites et de ce qui arrive dans votre vie, même si nous n'arrivons pas à le démontrer d'une manière "normale", par exemple en posant des questions.  Je sais que parfois j'oublie de demander à l'autre personne comment s'est passé sa journée, ce qui lui arrive dernièrement.  J'oublie de demander des questions à propos d'eux.  Je suis pourtant curieuse; je ne sais pas pourquoi certaines fois je pense à en poser et d'autres fois pas (la plupart du temps).  Encore une fois, ce n'est pas parce que je suis égocentrique ou narcissique.  C'est parce que mon esprit n'a juste pas pensé à poser de question. 

Nous ne suivons pas toujours les règles sociales, nous ne somme même pas toujours conscients de toutes ces règles.  Parfois, c'est parce que nous trouvons une règle ridicule ou inutile; d'autres fois, c'est tout simplement un oubli, on n'y a juste pas pensé.  Parfois, nous avons besoin d'aide avec des choses "de base" comme conduire la voiture ou s'assurer que notre apparence est OK.  (Ce n'est pas le cas pour chaque personne Asperger/autiste, mais c'est le cas pour moi)

Nous essayons d'être prévenant envers les autres.  Le fait que nous parlions de nous, de nos pensées, de nos "intérêts spéciaux" ne veux pas dire que nous ne nous préoccupons pas de vous et que nous ne pensons pas à vous.  Et même si nous ne sommes pas toujours conscients des (ou oublions, ou ne sommes pas d'accord avec) normes sociales/culturelles, cela ne veut pas dire que nous sommes grossiers, non civilisés, ni autre chose du genre.  Nous voulons être polis, et nous ne faisons pas exprès de faire des choses qui nous font paraître grossiers. 

Parfois, nous devenons très fatigués.  Parfois, ça arrive très soudainement, sans avertissement.  Nous pouvons nous fatiguer plus rapidement ou plus tôt que nous l'avions prévu. 

Parfois, nous pouvons changer nos plans à la dernière minute.  Je vous en prie, il faut comprendre que ça n'a rien à voir avec vous.  Parfois il se produit de choses dans notre vie (des choses imprévues), qui "nous rattrapent" et nous laissent complètement dépassés par la situation, complètement épuisés.  Alors, il arrive que le jour même (ou la veille), nous devions annuler une activité prévue.  Nous aimons passer du temps avec vous; mais il arrivent que nous n'avons tout simplement pas l'énergie nécessaire pour passer du temps avec qui que ce soit, peu importe où que ce soit. 

La plupart d'entre nous veulent avoir des amis.  Nous sommes des humains après tout, et nous cherchons à avoir une certaine quantité de contacts sociaux.  Nous pouvons avoir besoin de moins de contacts sociaux que les personnes qui ne sont pas sur le spectre, mais nous avons quand même besoin d'une certaine dose.  Combien, à quelle fréquence, et de quelle manière, cela varie, tout comme la taille du groupe (nombre de personnes) que nous pouvons supporter.  Non seulement, cela peut varier d'une personne à l'autre, mais aussi d'une journée à l'autre pour une même personne. 

Nous pouvons être très orienté sur les détails, ce qui peut nous donner l'air de vouloir être supérieur et de vouloir avoir toujours raison.  Mais ce n'est pas comme ça en à l'air.  Nous partageons les détails parce que nous aimons aider et partager.  Si nous avons l'air de vouloir "vous corriger", c'est plutôt que nous essayons de vous aider, d'ajouter de l'information à la conversation.  Nous n'essayons pas de nous faire valoir. 

Nous avons souvent des problèmes d'estime de soi.  Certains d'entre nous sont extra sensibles.  Certains sont déprimés.  Certains ont été beaucoup critiqués et intimidés.  Peut-être que nous n'avons pas aussi bien réussi à l'école que nous l'aurions voulu.  Peut-être que nous étions toujours celui dont on riait à l'école.  Certains d'entre nous n'ont pas toujours une apparence "parfaite" (c'est mon cas).  Certains d'entre nous ont des difficultés avec l'image de leur corps.  Certains n'ont pas intuitivement le sens du style ou de l'agencement des couleurs (c'est aussi vrai pour moi).  Certains peuvent avoir honte de ne pas avoir d'emploi, ou d'avoir un emploi bien en-dessous de leurs capacités, ou être très peu satisfaits de leur cheminement de carrière (c'était mon cas dans le passé, je sais ce que c'est).  Certains peuventavoir vécu des relations frustrantes, soit du type amour, ou amitié platonique. 

Nous avons tendance à être maladroit, surtout au début.  Quand nous rencontrons une nouvelle personne, la plupart du temps nous ne savons pas du tout quoi dire.  J'ai définitivement bien de la difficulté à faire la conversation (c'est à dire faire du "small talk", des conversations anodines, informelles, des banalités, du papotage).  Je n'arrive tout simplement pas à trouver quelque chose à dire.  Faire connaissance est pour moi l'étape du "sentage de derrière" (excusez si l'analogie est crue, mais c'est comme ça que je le ressens).  Je suis toujours soulagée quand ce stade est passé et que nous pouvons aller plus en profondeur, parler de sujets plus personnels, que les banalités de départ sont passées.  Je pense que ce qui me fait peur dans les débuts de relations, ce n'est pas seulement le fait que je ne sais pas quoi dire, mais surtout le fait qu'il y a tant de facteurs inconnus, et je ressens que je dois faire très attention pour éviter toute offense, pour éviter d'avoir l'air "bizarre", ou pour éviter tout simplement de faire fuir la personne. 

Au fur et à mesure que la relation progresse, nous nous ouvrons et parlons davantage - parfois beaucoup.  C'est comme ça que vous pouvez savoir que je me sens à l'aise avec vous.  Au début, ce sera de courtes questions/réponses et une discussion nerveuse, qui évoluera vers une conversation remplie de sens et relax, à mesure que le lien entre nous s'étabit. 

Bien que nous soyons en général plutôt sensibles, nous préférons savoir la vérité et sommes tout à fait capable de vivre avec.  Nous ne comprenons pas toujours les allusions, ni les subtilités, ou la signification des sous-entendus, ni les figures de style, ni les mensonges "pieux", ni ce que j'appelle le double langage.  Le double language, c'est quand quelqu'un dit le contraire de ce qu'il pense, juste pour être poli.  Par exemple "non, je pense que cette paire de jeans est très belle!" quand elle est véritablement affreuse. 

Nous nous voyons différemment de comment vous nous voyez.  Il se peut que je ne remarque pas mes activités de "stimming" (auto-stimulation), mes expressions faciales, ou le fait que ma démarche est "bizarre".  Il se peut que je ne réalise pas que je parle trop fort ou trop vite.  Il se peut que je ne remarque pas que je me suis mise à parler en utilisant un vocabulaire d'un niveau trop élevé, qui me donne un air pédant.  Il se peut que je ne réalise pas que mes vêtements ne me font pas très bien (normalment, ils me donne un air trop relax, parce que je les choisis pour leur confort).  Il se peut que je ne réalise pas que je jigote. 

En gros, nous sommes de bons amis.  Nous n'avons pas tendance à faire exprès de provoquer les problèmes, ni à transmettre les rumeurs, ni à utiliser du double langage, ni à manipuler notre entourage.  Nous apprécions des caractéristiques différentes de celles appréciées par les personnes non autistes, par exemple nous apprécions : la véritable bonté, la perspicacité, les pensées qui sortent des sentiers battus ("outside-the-box"), un sens de l'humour pince-sans-rire, l'authenticité / la sincérité, la fiabilité / le sérieux, l'honnêteté et la sensibilité.  Par opposition, les personnes non autistes apprécient plutôt chez leurs amis : l'apparence physique, des intérêtes "dans la norme", le fait d'être à la mode, le fait de correspondre aux rôles de genre (homme/femme) et aux autres attentes de la sociétés. 

Si nous passons du temps avec vous, c'est en général parce que nous vous apprécions vraiment.  Si nous vous parlons, ça signifie que nous en avons vraiment envie.  Typiquement, nous ne faisons rien pour les apparences.  Avec nous, vous pouvez être "vrai", nous apprécierons que nous pourrons aussi être "vrai" avec vous.  Nous vous aimons pour ce que vous êtes, et nous sommes contents qu'il en soit de même en retour.

Amitiés,

~ The Silent Wave, une personne Asperger/autiste