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"The Silent Wave" en français

Arrête ça

Isabelle Faguy Jeudi juin 8, 2017

Vous pouvez lire la version originale de cet article ici : https://thesilentwaveblog.wordpress.com/2017/03/01/make-it-stop/

 

(Note: ce texte n'a pas pour but de critiquer les personnes impliquées, la situation est juste ce qu'elle est, et elle est causée par des neurologies différentes). 

Pour les personnes qui ne sont pas familières avec l'autisme, commençons par une courte explication.  Les constituants sensoriels du système nerveux d'une personne Aspie/autiste sont connectés différemment des autres personnes.  Ces différences sont nombreuses et variées, et provoquent des effets qui sont complexes.  Nous ressentons ces effets à notre propre manière, parfois sans savoir exactement ce qui se passse, mais sachant de manière instinctive que quelque chose cloche.  Parfois, bien malgré nous, il y a un tel désordre dans notre tête qu'il nous est très difficile de nous y retrouver. 

Nous ressentons les effets causés par cette surcharge du système nerveux d'une certaine manière, mais ils sont percus tout à fait autrement par un observateur externe.  Quand nous ressentons une envie irrépressible de supplier : "svp arrête ça!  je n'en peux plus", pour l'observateur externe, ça ressemble davantage à "de la colère" ou une "humeur changeante", ou à quelqu'un qui "est difficile".  Si nous sommes du sexe féminin et préménopausée, et que le moment du mois approche, les hormones amplifient les effets et diminuent encore davantage notre résilience.  Je ne dramatise pas, je ne fais pas du misogynisme.  Différents genres sont conçus...  différemment. 

Le phénomène de la surcharge sensorielle peut arriver à n'importe qui, peut importe votre anatomie.  Le système nerveux "est" le système nerveux. 

Pour moi, le monde a un certain volume, et il est beaucoup trop élevé.  À chaque personne qui voudrait me dire que je suis "trop sensible", je réponds que c'est vous êtes "trop engourdi".  Tout ça est relatif de toute façon.  Nous sommes sensibles comparativement à eux (ceux qui ont un système nerveux typique), et ils sont engourdis par rapport à nous.  Qui peut déterminer ce qui est "normal" ou "idéal"?  Au mieux, le système nerveux est plus commun, tandis que le nôtre est surpassé en nombre.  Et c'est ce qui devient réellement le problème.  Derrière les effets dérangeants, handicapants, de notre type neurologique, peut-être que se cache un avantage.  Je le recherche toujours, je n'ai pas abandonné.  Je vous laisserai savoir quand je trouverai. 

Tout n'est que prairies paisibles et arcs-en-ciel, sans douleur, jusqu'à ce que vous mettiez ensemble sous le même toit deux (ou plus) personnes avec des configurations neurologiques différentes.  Et les sources de dispute s'accumulent. 

Je peux illustrer la chose par quelques exemple... 

Mon conjoint et un ami sont arrivés à la maison, après avoir été faire un tour à l'épicerie.  J'étais tranquillement assise sur le sofa (vous n'imaginez quand même pas que je suis assez folle pour mettre en jeu ma santé mentale en me rendant dans une épicerie un dimanche après-midi?).  Je faisais du "travail" (sur mon blogue) et j'étais parfaitement heureuse et confortablent ajustée et en harmonie avec mon environnement.  J'avais mon ordinateur portable, la manette de la télévision, quelques chats endormis et ma nouvelle couverture lourde (!).  La vie était formidable. 

Donc, ils sont arrivés à la maison.  J'étais contente de les voir, bien sur.  Mais alors, les heurts ont commencés.  Tout d'abord, ça a été la porte d'entrée.  Trois fois, entre deux personnes.  Bam!  Bam! (Étais-ce nécessaire-) Bam!

OK, c'est tout.  J'aimerais pouvoir dire que ça s'est terminé là et que mon pauvre système nerveux a pu rentourner à son (rare) état de dormance (ce qui serait considéré comme la "moyenne" ou "normal" selon les standards des autres), mais non.  Ensuite, sont arrivés les provisions, sorties de leurs sacs et déposés sur le dessus vitré de la cuisinière, qui a été choisi comme comptoir temporaire.  Mon conjoint est très handicapé au niveau de la vue, et malgré qu'il est un gars bien bâti, il essaie de se déplacer avec grâce, parce qu'il a une ouïe sensible et ne voit pas la nécessité de se cogner partout ou de faire se cogner les objets.   Mais mon ami est bien moins gracieux, et en plus il a une perte avancée de sa capacité auditive.  De toute façon, ça n'a pas toujours été le cas, et les deux "devraient" savoir... 

Parlez-moi d'un conflit neuro-culturel.  

Je peux endurer seulement une certaine quantité de "cognage".  Et je pense que c'était relativement non nécessaire.  Le comptoir et le dessus de la cuisinière ne changent pas de hauteur, et nous les avons depuis des années, leurs dimensions devraient être familières depuis tout ce temps.  Est-ce que tout doit être déposé aussi brusquement?  Les portes des armoires ferment toujours de la même manière.  Est-il nécessaire de les faire claquer?  (Est-ce qu'il est nécessaire de faire claquer quoi que ce soit?)

Arrête ça.  C'est assez. 

Deux personnes qui font tout ce boucan au même moment était trop pour moi. 

Je vous demande d'arrêter.  Svp, c'est assez.  Le plus vite sera le mieux. 

Alors, j'ai quitté l'appartement pour une durée indéterminée.  Je suis dehors depuis plus d'une heure maintenant, me concentrant pour ne pas oublier de ne pas serrer les dents, par peur de fracturer encore quelques dents. 

Est-ce que j'étais trop sensible?  Est-ce que j'étais dans ma phase anale? 

Was I being over-sensitive?  Was I being anal retentive?  Was I being too persnickety?  Est-ce que je suis trop pointilleuse?  Est-ce que je sur-réagissais à une situation quotidienne bénigne? 

Je voulais juste que ça cesse.  Je ne voulais pas être grincheuse.  Je ne voulais pas être agressive.  Je ne veux pas plonger dans des eaux troubles où vais me faire brasser au-delà de mon contrôle.  Je ne veux pas dire ou faire des choses que je regretterai ensuite et pour lesquelles je devrai m'excuser. 

Ou bien, est-ce que j'ai simplement fait confiance à mon instinct?  Est-ce que j'ai simplement obéi à mon système nerveux qui hurlait de désespoir et donc, j'ai quitté un environnement agressant?  Est-ce que j'ai simplement cherché à préservé ma santé mentale?  Est-ce que j'ai tout simplement reconnu cet aspect de mon neurotype Asperger/autiste et répondu à mon besoin personnel, plutôt que d'essayer de juste "faire avec", niant mes désirs instinctifs et restant submergée dans un environnement dans lequel, plusieurs fois par seconde, sans pouvoir voir une lumière au bout du tunnel, un puissant fracas, boum, ou bang ferait vibrer toutes les fibres de mon système? 

Parfois il semble que personne ne comprends.  Et cela génère de la confusion.  Je cesse de les comprendre moi aussi, je ne les comprends pas moi non plus. 

Quand je suis seule avec mon conjoint, s'il arrive qu'il fait du bruit, je me sens à l'aise de lui dire de baisser le volume.  Avec mes amis par contre, c'est extrêmement risqué de faire ce genre de commntaire.  Même un simple commentaire, dont les mots sont choisis avec soin, comme "ça agresse réellement mon système, penses-tu que tu pourrais y aller un peu plus doucement?"  leur semble comme une attaque de leur intégrité.  Comme je ne veux pas générer de drame, ou dire "ça va" quand je sais très bien que ça ne va pas, je ne veux pas ajouter de l'eau à l'océan. 

Quand mon espace n'est pas sécuritaire ou favorable, ou temporairement incompatible avec mon système nerveux, ou que j'ai besoin de mon très cher Temps Seule, je fais ce que je fais toujours : je vais dehors et Je Suis, tout simplement. 

C'est tout ce que je peux faire.  Si je ne peux pas "le faire arrêter", alors c'est la seule stratégie de survie qu'il me reste. 

En regardant ma réalité en face, et en la passant au crible de la Logique, je vois l'absurdité de ma gêne et de ma remise en question. 

Mais ces pensées dirigées contre moi-même ne sont pas sorties de nulle part, elles ont été déversées sur moi par les personnes qui m'entourent.  Alors, en regardant ces réalités et en les passant au crible de la Logique, je vois aussi l'absurdité d'avoir à être gênée et de ma remise en question.  Personne ne devrait devoir se sentir comme ça simplement parce qu'ils ont suivi leur instincts et on agi pour se protéger. 

Être dans la nature, par contre, est un bouton "reset" pour moi.  C'est mon antidote contre un monde qui insiste pour miner mon système nerveux avec son volume trop élevé.  C'est ma réponse au chaos cumulatif qui menace mon équilibre.  C'est mon arme secrète, une arme de défense massive. 

C'est incroyablement paisible ici.